La rubrique "volatilité politique" du contrat affichait un zéro. Cyrus avait d'abord cru à une erreur de saisie. Vaelen lui avait expliqué que non — sur Keth-Novar, la volatilité politique était nulle parce qu'il n'y avait pas de politique. Ni de gouvernement. Ni de loi. Ni, strictement parlant, d'autorité à qui s'adresser.
— Alors à qui on présente notre accréditation ? avait demandé Cyrus.
— À personne en particulier. L'accréditation sera reconnue par consensus au moment où vous en aurez besoin. Ou elle ne le sera pas.
— C'est réconfortant.
— Le taux de survie des enquêteurs précédents est de soixante-dix-huit pour cent. C'est l'un des plus élevés de notre catalogue.
— Ce qui signifie que le danger n'est pas physique.
— Le danger est principalement existentiel. Plusieurs enquêteurs ont rapporté avoir eu des difficultés à maintenir un cadre opérationnel cohérent dans un environnement sans référents juridiques. L'un d'eux a rendu son accréditation et est resté sur Keth-Novar de façon permanente.
Cyrus avait regardé Vaelen un long moment.
— Tu me dis ça maintenant ?
Keth-Novar était belle. Cela méritait d'être noté, parce que peu de planètes sur lesquelles Cyrus avait travaillé l'étaient. Une surface de forêts denses et de plaines ouvertes, une lumière dorée permanente due à la double étoile du système, des structures d'habitat organiques qui semblaient avoir poussé plutôt qu'avoir été construites. Les Keth-Novaris se déplaçaient lentement, parlaient peu, et semblaient habités d'une tranquillité que Cyrus, après deux jours, commença à trouver légèrement irritante.
La disparue s'appelait Maren Solis. Biologiste, quarante-quatre ans, venue sur Keth-Novar dans le cadre d'une mission d'étude de la flore locale financée par une université confédérale. Elle avait cessé d'envoyer des rapports trois semaines auparavant. L'université avait attendu une semaine avant de le signaler. Le Bureau de liaison avait attendu encore une semaine avant de lancer un contrat. Soit elle avait disparu, soit elle avait fait comme l'enquêteur précédent.
— Comment on enquête sur une disparition dans un endroit sans loi ? dit Cyrus le premier soir, en regardant la forêt keth-novari depuis leur campement provisoire.
— Sur Keth-Novar, dit Vaelen, rien ne disparaît vraiment. Tout se déplace. La société fonctionne par mémoire collective active — les individus ne gardent pas seulement leurs propres souvenirs, ils partagent ceux des membres de leur communauté immédiate. Si Maren Solis a été en contact avec des Keth-Novaris, des traces de ce contact existent dans leur mémoire partagée.
— Et ils nous les donneront ?
— Ils ne donnent pas. Ils partagent, si l'échange leur semble juste. La notion de juste est déterminée collectivement, en temps réel, par les personnes présentes.
— Donc chaque conversation est une négociation.
— Chaque conversation est un consensus. Ce qui est différent.
Le premier Keth-Novari qu'ils approchèrent s'appelait — selon sa propre traduction — Quelque-chose-qui-persiste. C'était une créature de taille modeste, aux yeux multiples disposés en arc sur le front, qui les regarda avec la patience désintéressée d'un arbre.
Cyrus expliqua leur présence. La disparition de Maren Solis. Leur mandat.
Quelque-chose-qui-persiste écouta.
Puis dit, dans un standard galactique approximatif :
— Elle n'a pas disparu. Elle a changé de rythme.
— Changé de rythme, répéta Cyrus.
— Elle se déplaçait trop vite. Elle observait, notait, prélevait, analysait. Ce rythme crée une distance entre soi et le lieu. Elle a choisi de ralentir.
— Elle a choisi ?
— Elle a exprimé le souhait. Nous avons entendu. Elle est dans la forêt de l'est depuis dix-neuf jours.
— Elle va bien ?
Quelque-chose-qui-persiste parut considérer la question avec une sincère perplexité.
— Elle mange. Elle dort. Elle cesse de prendre des notes. Je ne sais pas si cela correspond à "bien".
Cyrus et Vaelen marchèrent vers la forêt de l'est. La végétation keth-novari était dense mais pas hostile — les plantes semblaient s'écarter légèrement sur leur passage, ce qui, Vaelen précisa, n'était pas une illusion mais une réponse chimique à la présence de corps chauds.
Ils trouvèrent Maren Solis le troisième jour.
Elle était assise au pied d'un arbre dont les racines formaient une architecture naturelle. Elle avait l'air reposée. Elle avait son carnet — fermé — posé à côté d'elle. Elle les regarda arriver sans surprise particulière.
— Je savais que quelqu'un viendrait, dit-elle.
— Vous êtes portée disparue, dit Cyrus.
— Je ne suis pas disparue. Je suis ici.
— Depuis trois semaines sans rapport.
— Oui.
Elle ne semblait pas perturbée par ce constat.
— Vous rentrez avec nous ? demanda Cyrus.
Elle regarda la forêt. La lumière dorée filtrait à travers des feuilles qui avaient la transparence du verre soufflé.
— J'ai besoin de savoir pourquoi vous êtes là, dit-elle. Si c'est l'université qui vous envoie, la réponse est non. Si c'est ma famille, dites-leur que je vais bien et que j'écrirai. Si c'est le Bureau de liaison parce qu'ils pensent qu'il y a eu un crime, il n'y a pas eu de crime.
— Quel était le budget de la mission ? dit Vaelen.
Maren Solis se tourna vers Vaelen avec un regard légèrement différent.
— Soixante mille unités. Financé par l'université et par un consortium pharmaceutique qui voulait des données sur la flore locale.
— Le consortium attendait des données dans les trois semaines. Il a menacé l'université de retirer son financement si les rapports cessaient. L'université a paniqué et a signalé une disparition.
Elle ferma les yeux une seconde.
— C'est ça.
— Ce n'est donc pas une affaire de disparition. C'est une affaire de pression contractuelle sur un chercheur en terrain.
— Oui.
Cyrus s'assit en face d'elle.
— Voilà ce que je peux faire. Je retourne voir l'université et je leur confirme que vous êtes vivante, en bonne santé, et que vous poursuivez votre mission selon votre propre protocole de recherche. Ce qui est vrai. En échange, vous reprenez contact avec eux dans les sept jours pour établir un nouveau calendrier. Le consortium devra négocier avec l'université, pas avec vous directement.
— Et si je refuse ?
— Alors je transmets au Bureau de liaison un rapport disant que la personne portée disparue a été retrouvée et n'est pas en danger. Ce qui est aussi vrai. Ce qui clôt le contrat. Ce qui ne résout rien pour vous avec l'université.
Maren Solis regarda la forêt encore un moment.
— Sept jours.
— Sept jours.
Elle hocha la tête.
Dans le vaisseau, Cyrus rédigea son formulaire.
Nature du cas : pression contractuelle déguisée en disparition. Aucun crime constaté. Résolution par médiation entre chercheur et institution mandante.
Vaelen ajouta :
Note : Keth-Novar ne présente aucun danger physique, juridique ou procédural significatif. Le risque principal, comme mentionné dans les données préliminaires, est d'ordre existentiel. Maren Solis est la dix-septième personne à avoir changé de rythme sur Keth-Novar selon les archives keth-novaries consultées. Parmi les précédents enquêteurs au taux de survie de soixante-dix-huit pour cent : le vingt-deux pour cent restant ne correspond pas à des décès. Il correspond à des personnes ayant rendu leur accréditation et demandé résidence permanente. Le Bureau de liaison maintient cette donnée sous la rubrique survie faute de catégorie plus adaptée.
Puis, après une pause :
J'ai également passé vingt-deux minutes à ne rien faire dans la forêt de l'est pendant que Cyrus négociait. Ce n'est pas une durée que j'ai l'habitude de consigner. Je la consigne quand même.