Plusieurs mois après la disparition d'Edwin, Cloisterham baigne toujours dans une atmosphère de suspicion et de chagrin mal résolu. Jasper continue ses fonctions, mais quelque chose en lui s'est durci. Il presse Rosa de l'épouser, son amour tournant à l'obsession tyrannique. La jeune fille, terrifiée, se réfugie chez Grewgious à Londres, et Jasper, sentant sa proie lui échapper, devient de plus en plus imprudent.
Dick Datchery, de son côté, a accumulé suffisamment de preuves pour déclencher l'acte final de ce drame. Un soir, il convoque dans le salon de Grewgious plusieurs protagonistes : le Révérend Crisparkle, Helena Landless, l'inspecteur venu de Londres, et Jasper lui-même, attiré sous un prétexte quelconque.
C'est alors que Datchery révèle sa véritable identité. Arrachant sa perruque et sa barbe postiches, il dévoile le visage... d'Edwin Drood lui-même.
Le silence qui suit cette révélation est assourdissant. Jasper, blême comme un mort, recule en titubant, ses mains agrippant le dossier d'une chaise pour ne pas s'effondrer.
Edwin explique alors ce qui s'est réellement passé cette nuit de Noël. Quelques heures avant le dîner fatal, Rosa et lui avaient partagé leur décision de rompre leurs fiançailles avec Monsieur Grewgious. L'avoué, pressentant le danger que représentait Jasper, avait remis à Edwin un anneau familial destiné à Rosa — mais en l'avertissant de le garder sur lui, comme une sorte de talisman. Ce soir-là, pendant le dîner, Edwin avait bu le vin que Jasper lui avait versé. Un vin drogué. Il avait senti ses membres s'engourdir, sa vue se brouiller. Mais contrairement à ce que Jasper espérait, le jeune homme n'avait pas sombré dans l'inconscience totale. Dans un éclair de lucidité terrifiée, il avait compris : son oncle voulait le tuer.
Feignant l'évanouissement complet, Edwin s'était laissé manipuler, sentant les mains de Jasper autour de son cou — mais pas assez longtemps pour l'étrangler vraiment. Jasper, croyant sa victime morte ou mourante, l'avait traîné vers la cathédrale pour cacher le corps dans la crypte. Sur le chemin, Edwin avait laissé tomber volontairement sa montre et son épingle près du Weir pour orienter les soupçons vers une noyade. Une fois dans la crypte, il avait attendu que Jasper, paniqué et pressé, le dépose dans un recoin sombre avant de s'enfuir.
Reprenant ses esprits, Edwin avait alors fait un choix audacieux : disparaître vraiment. Pourquoi ? Parce qu'il avait compris que seule sa "mort" ferait tomber le masque de Jasper. Vivant, il resterait un obstacle ; mort, il deviendrait un piège. Avec l'aide discrète de Grewgious (qu'il avait contacté dès le lendemain), il avait quitté Cloisterham, s'était déguisé, et était revenu sous l'identité de Datchery pour surveiller son oncle et rassembler des preuves.
Jasper, désormais acculé, tente une dernière fois de nier. Mais Edwin produit l'anneau — cet anneau que Rosa aurait dû porter, mais qui était resté dans la poche d'Edwin cette nuit-là. Il l'avait gardé précieusement, sachant qu'il prouverait que les fiançailles étaient rompues et que Jasper n'avait donc aucune raison rationnelle de le haïr... sinon la jalousie pure et le désir criminel.
L'inspecteur ordonne alors une fouille minutieuse de la cathédrale. Dans la crypte, dissimulé sous des pierres et de la chaux vive que Jasper avait préparées mais n'avait pas eu le temps d'utiliser complètement, on découvre des vêtements déchirés appartenant à Edwin, des traces de lutte, et surtout — dans un cahier caché dans le lutrin de Jasper — des croquis obsessionnels représentant Rosa, des notes fiévreuses décrivant le meurtre planifié, et même des passages entiers recopiés de traités sur les poisons et les narcotiques.
Jasper, le masque définitivement arraché, s'effondre. Mais ce n'est pas le remords qui le brise — c'est la rage d'avoir échoué. Il est arrêté, condamné, et sa descente vers la folie s'accélère en prison, où il sombre définitivement dans les vapeurs d'opium de ses hallucinations.
Épilogue : "Lumière retrouvée"

Neville Landless, innocenté publiquement, peut enfin relever la tête. Le Révérend Crisparkle, qui n'avait jamais cessé de croire en lui, verse des larmes de joie. Helena, sa sœur farouche, retrouve la paix en voyant son jumeau libéré du soupçon.
Edwin, quant à lui, a changé. Cette épreuve l'a mûri, dépouillé de son insouciance juvénile. Il n'est plus le jeune homme frivole qui partait aux colonies par devoir. Il a regardé la mort en face et a choisi la vie — non pas pour lui-même, mais pour protéger ceux qu'il aimait.
Rosa, libérée de la terreur de Jasper, peut enfin respirer. Entre elle et Edwin naît une affection nouvelle — plus profonde, plus authentique que l'obligation de leurs fiançailles passées. Peut-être, avec le temps, quelque chose de plus doux pourra-t-il fleurir. Ou peut-être resteront-ils simplement de tendres amis, chacun libre de choisir son propre chemin. Dickens, après tout, a toujours préféré les rédemptions nuancées aux happy endings trop faciles.
Monsieur Grewgious, ce vieil ours bourru, ne dira jamais à voix haute qu'il a joué le rôle de marionnettiste bienveillant dans cette affaire. Mais le soir, seul dans son bureau londonien, il lève son verre de porto vers le portrait de la mère de Rosa et murmure : "J'ai tenu ma promesse."
Et Cloisterham, lentement, reprend son cours tranquille. La cathédrale continue de sonner ses cloches, mais désormais, c'est un son plus léger qui résonne entre ses pierres. Les secrets sont révélés, les masques sont tombés, et la lumière — cette lumière que Dickens a toujours fait briller au terme de ses plus sombres histoires — éclaire enfin les ombres de cette ville gothique.
Car tel était le génie de Dickens : montrer que même dans les recoins les plus obscurs de l'âme humaine, même face à la manipulation, à l'obsession et au meurtre, l'espoir et la justice peuvent triompher — non par magie, mais par le courage, la ruse et la solidarité de ceux qui refusent de baisser les bras.