Stockholm — Rome, 1626–1689
Elle naquit dans le fracas. La sage-femme, en recevant l'enfant, crut un instant tenir un garçon — le corps était couvert de poils, la voix immédiatement puissante — et ce malentendu initial colora toute une vie. Le roi Gustave II Adolf, qu'on appelait déjà le Lion du Nord, prit la chose comme un signe favorable. Sa fille serait élevée comme un prince. Il mourut six ans plus tard à Lützen, laissant la couronne de Suède à cette enfant de six ans qui avait déjà appris à ne pas pleurer.
Christine grandit dans une régence prudente et froide, entourée de précepteurs qui la traitaient effectivement comme un héritier mâle. Elle étudiait dix heures par jour. Le latin, le grec, les mathématiques, la philosophie, l'équitation, les armes. Elle dormait peu et se vantait de ne jamais souffrir du froid — l'hiver suédois, disait-elle, était une question de volonté. À dix-huit ans, quand elle prit le pouvoir en main, les ambassadeurs qui l'observaient pour la première fois depuis leurs capitales lointaines ne savaient pas exactement quoi écrire. Elle était érudite, acérée, capricieuse, généreuse jusqu'à la prodigalité, et manifestement indifférente à l'idée d'épouser quiconque.
La Suède attendait un mariage. L'Europe attendait un mariage. Christine attendait Descartes.
Elle l'avait lu, annoté, admiré de loin. En 1649, elle l'invita à Stockholm avec l'insistance tranquille de quelqu'un qui n'a pas l'habitude qu'on refuse. Le philosophe de soixante-trois ans, habitué aux matinées douillettes de La Haye, se retrouva convoqué trois fois par semaine à cinq heures du matin dans une bibliothèque non chauffée pour donner des leçons à une reine qui, elle, n'avait jamais froid. Il mourut de pneumonie en février 1650. Christine fit noter dans les registres qu'il avait succombé au climat.
Ces années de règne furent brillantes et épuisantes. Elle attira à Stockholm des savants, des artistes, des philosophes comme d'autres cours attiraient des soldats. Elle dépensa sans compter, vida les caisses avec une générosité qui frisait le mépris pour l'argent, et refusa avec une constance croissante d'aborder la question dynastique. Les conseillers insistaient, le Riksdag insistait, les prétendants défilaient — elle les écoutait avec cette politesse légèrement ennuyée qu'on réserve aux sujets déjà tranchés.
Ce qui se tramait en elle, personne ne le voyait clairement.
En 1654, à vingt-huit ans, Christine de Suède abdiqua.
Elle donna pour raisons sa santé, sa lassitude du pouvoir, son incapacité à gouverner comme on attendait qu'elle gouverne. Ces raisons n'étaient pas fausses. Mais il y en avait une autre, qu'elle n'annonça qu'ensuite : elle voulait se convertir au catholicisme. Dans le pays le plus luthérien d'Europe, c'était une impossibilité dynastique. Elle avait choisi sa foi contre sa couronne — ou peut-être sa liberté contre les deux.
Elle quitta Stockholm déguisée en homme, traversa l'Europe à cheval avec la vitesse et l'indifférence au confort qui lui étaient propres, et arriva à Innsbruck où sa conversion fut officialisée. Puis elle descendit vers Rome, où le pape Alexandre VII l'attendait comme un trophée de prestige — la reine protestante retournée à l'Église. Elle entra dans la ville en décembre 1655. Les cloches sonnèrent. La foule était immense. Christine regarda tout cela avec satisfaction et commença immédiatement à se comporter comme si Rome lui appartenait.
C'est là qu'intervient Monaldeschi.
Giovanni Rinaldo Monaldeschi était son Grand Écuyer, son favori, l'homme en qui elle avait placé une confiance que peu de gens obtenaient d'elle. En 1657, alors qu'elle séjournait au château de Fontainebleau — hôte du roi de France, en négociation pour obtenir le trône de Naples —, elle découvrit qu'il avait trahi ses secrets diplomatiques, probablement intentionnellement même si les détails exacts restent obscurs. Ce qui est certain, c'est qu'elle le fit appeler, lui présenta les preuves de sa trahison, écouta ses explications sans y croire, et ordonna son exécution sur place.
Ses gardes le poursuivirent dans la galerie des Cerfs. Il supplia, se jeta à ses pieds, invoqua la miséricorde. Christine écouta, impassible. Il fallut vingt minutes pour en finir — il portait une cotte de mailles sous ses vêtements, ce que les exécuteurs n'avaient pas prévu. Le roi de France fut scandalisé. L'Europe entière s'indigna. Une reine — même abdiquée — pouvait-elle se permettre d'ordonner une mise à mort sur le territoire d'un souverain étranger ?
Christine répondit que oui. Elle était reine, et les rois n'abdiquent pas leur nature. Elle renvoya les protestations avec la même sérénité qu'elle avait opposée au froid suédois.
Les trente années romaines qui suivirent furent à cette image : scandaleuses, fécondes, obstinément libres. Elle vivait au Palais Riario, entourée d'une cour d'artistes, de savants et d'ecclésiastiques, mécène passionnée qui finança Arcangelo Corelli et fut l'une des fondatrices de l'Académie d'Arcadie. Elle se disputait avec les papes — plusieurs, successivement — sur des questions de théologie, de politique, de justice. Quand Innocent XI interdit les opéras à Rome, elle fit jouer les siens dans son propre palais. Quand elle estimait qu'un jugement de l'Inquisition était injuste, elle le disait.
Elle ne se maria pas. Elle ne gouverna plus. Elle vécut exactement comme elle l'entendait, ce qui était scandaleux pour une femme de son siècle, et peut-être pour n'importe quel siècle.
Elle mourut à Rome en 1689, à soixante-deux ans, après une courte maladie. Elle fut enterrée à Saint-Pierre — un honneur rarissime, accordé à peu de laïcs. Sur sa tombe, on grava simplement son nom et la date.
La couronne de Suède était depuis longtemps sur une autre tête. Elle n'en avait manifestement cure.
Christine de Suède (1626–1689) régna de 1644 à 1654 avant d'abdiquer volontairement — fait alors sans précédent pour un souverain en pleine possession de ses capacités. Sa conversion au catholicisme, l'exécution de Monaldeschi à Fontainebleau en 1657, et ses décennies de vie indépendante à Rome en firent l'une des figures les plus commentées et les plus incomprises de son époque. Elle reste à ce jour la seule femme enterrée dans la basilique Saint-Pierre du Vatican.